Monsieur Babu sort son chien tous les matins à huit heures trente-quatre, ce matin il est contrarié, car il est en retard.
Il est déjà huit heures trente-six, faut rattraper le temps perdu, il tire Clébard IV, son vieux chien qui ne l'entend pas ainsi. Il veut sentir le
coin de la porte d'entrée, puis lever impérativement la patte sur la bouche d'incendie.
Tous les matins Monsieur Babu fait le même tour, il monte la rue Sans-nom, puis décent par la rue de L'audela, se noie dans ses pensées rue Alaut,
et s'arrête rue de la Culture achetée son journal, « Les nouvelles déréglées ». Le marchand de journaux, un jeune d'une quarantaine d'années avec des moustaches rousses, lui dit :
« Bonjour Monsieur Bedu, qu'est-ce qu'il vous faut ? »
- Le journal répond Badu, qui a horreur qu'on décroche son joli nom j'ai bien ma monnaie ce matin, il ne fait pas chaud.
Il parlerait bien plus longtemps avec, mais il y a toujours un client casse-pieds qui le pousse pour acheter je ne sais quoi, qui l'empêche de
continuer la conversation. Mais ce matin, comme Monsieur Badu est en retard, il ne s'attarde pas devant le marchant, prend son journal, le pli sous son bras sans même lire le gros titre à la une.
À grande enjambée, tout en tirant son chien, rattrape son retard. Car tous les matins, Monsieur Bedu à un rendez-vous amoureux, à huit heures cinquante il doit se trouver devant la fenêtre de
madame Lesage, rue du Monte-en-l'air, pour apercevoir, à travers les persiennes closes, cette dame encore jeune pas encore vieille, sortir de sa salle de bain toute nue pour aller dans sa
chambre. L'apparition ne dure qu'une seconde, mais il ne s'en lasse pas. Elle apparaît furtive, puis plus rien. Il lui arrive de la croiser au hasard de ses sorties, il l'ignore, même pas un
salut. C'est comme ça, Monsieur Bedu est un grand timide, qui n'ose pas déclarer sa flamme à une dame aussi isolée que lui. Et ce matin il est en retard il risque de manquer l'apparition.